We need to talk

N. Boutin & M. Sharp

Joute musicale franco-britannique

Création française

Noémi Boutin Violoncelle
Matthew Sharp Violoncelle

« We need to talk »… : dialogue nécessaire, dialogue choisi.

Ce fut d’abord la rencontre de deux violoncellistes aux nombreuses résonances : Noémi Boutin et Matthew Sharp aiment tous deux s’aventurer sur le terrain de la performance et du théâtre musical, triturant voix et texte, maniant l’humour, s’acoquinant avec des compositeurs d’aujourd’hui et se jouant allègrement des barrières érigées entre musique contemporaine, musiques improvisées et répertoire.

Puis celle de deux compositeurs, Laura Bowler et Frédéric Pattar, qui ont imaginé comment de telles individualités pouvaient aller l’une vers l’autre, se confronter, se défier, se heurter, s’unir, chercher leur vocabulaire à travers les deux langues parlées sur le plateau, les deux manières d’être avec l’instrument.

La pièce ‘Two cellos’ de Laura Bowler tente de faire tomber le masque de l’interprète classique, laissant entrevoir ce qui se trouve de plus cru, vulnérable, viscéral en chacun. Par l’introduction de dialogues verbatim tirés d’interviews des musiciens et de gestes physiques liés à leur parcours, le public se trouve là témoin d’un moment d’intimité, de fragilité. Musicalement, outre le matériau puisé au cœur de chacun des artistes, le langage intègre des citations du répertoire historique du violoncelle, tout comme une amplification des micro- gestes de percussions sur les instruments.

L’œuvre de Frédéric Pattar décline quant à elle la « bataille » de la rencontre à travers cinq mouvements distincts. Amorcée par un face-à-face purement instrumental, elle intègre ensuite les voix française et anglaise des interprètes, puis se poursuit sans archet, davantage percussive et scandée vocalement, se prolonge après à quatre archets, un dans chaque main, puis sans instrument, les archets fouettant l’air comme à l’escrime ; et le morceau s’achève sur l’union des deux violoncellistes, jouant en même temps sur le même instrument. Les textes tissent des liens improbables entre styles et époques disparates : mythe d’Achille et d’Ajax jouant aux dés lors de la guerre de Troie, fantasmes sur les « Barbares » de contrées inconnues, Mur d’Hadrien entre l’Angleterre et l’Ecosse… Ils juxtaposent Gertrud Stein et Louise Labé, Shakespeare, Rimbaud ou encore William Blake, instaurant comme une joute oratoire entre fantômes… arbitrée par les archets, les voix et les jeux de Noémi et Matthew.