Si loin, si proche

Abdel Sefsaf

Théâtre musical pour un retour aux sources

Abdelwaheb Sefsaf Comédien, chanteur
Georges Baux Claviers, guitare, chœurs
Nestor Kéa Live-machine, guitares, theremin, chœurs

Récit croisé sur fond de crise des réfugiés, Si loin, si proche raconte les rêves de retour en « terre promise » d’une famille d’immigrés algériens dans les années 70-80’s.

A la faveur d’une loi française favorisant le retour des immigrés dans leur pays d’origine par une prime au départ, de nombreux ouvriers décident alors de rentrer, avec femmes et enfants. Enfants nombreux, nés dans cette France « pays des droits de l’homme » aux beaux souvenirs, France intime qu’il fallait dorénavant repousser comme un amour caché, inavouable. Des enfants comme Abdelwaheb Sefsaf, trop jeunes alors pour comprendre, avec des grands frères et des grandes sœurs experts dans l’art du grand écart entre racines familiales et identité de bons et loyaux français. Des jeunes, non plus « immigrés de deuxième génération » mais devenus en fait des Français du futur, d’un futur incertain à façonner à partir des sables mouvants de leur quotidien entre deux mondes.

En racontant avec distance et tendresse la tentative ratée de ce « retour au bled » qu’il a connue, Abdelwaheb Sefsaf prend le parti d’une tragi-comédie : rire pour mieux soulager les peines, pleurer pour mieux célébrer les joies. Croisant le récit rocambolesque du retour d’une famille algérienne arrivée en France dans les années 1950-1960 avec la venue des refugiés syriens d’aujourd’hui, il dépeint l’illusoire retour à des sources devenues lointaines.

Sur scène trône un crâne immense, d’où l’on déchiffre les paroles en calligraphie du poème ‘Mort n°18’ de Mahmoud Darwish, au milieu de tombes d’un cimetière musulman qui s’illuminent comme pour faire chanter les morts. On bascule pourtant vite dans la pleine vie, avec ses rires, ses cris, ses récits savoureux du retour en « terre promise », avec valises et malles bon marché qui racontent elles aussi leur voyage, occultant les tombes et laissant place à l’urgence de la vie. Entre rock, sonorités arabes et électros, la musique se mêle intimement au texte, et tisse un conte épique, drôle et émouvant, entre théâtre et musique, qui rappelle que toute immigration est un aller simple.