Oyapock

No Tongues

Traditions amérindiennes de Guyane et jazz contemporain

Création

Matthieu Prual Saxophone, clarinette
Ronan Prual Contrebasse
Ronan Courty Contrebasse
Alan Regardin Trompette
Bruno Pilolo, Jacky Pawey, Steve Kouyouli, Jean-Etienne Couchili, Joachim Panapuy, Jammes Panapuy Voix, Percussions

Dans quelle mesure les diversités du monde peuvent-elles se côtoyer pour leur bien mutuel, en apprenant de l’autre sans se perdre ni se dénaturer ?

Voici une gageure que, dans ce tout-monde à la créolisation irrévocable, l’ensemble No Tongues et des musiciens amérindiens de Guyane veulent relever dans cette création commune.

Improvisateurs virtuoses et curieux qui explorent les voix ancestrales de la planète, les quatre musiciens de No Tongues se sont rendus en Guyane en août 2018, armés de leurs instruments et appareils d’enregistrement. La rencontre avec des musiciens issus des peuples amérindiens Teko et Wayampi des villages de Trois Sauts et de Camopi, sur les bords du fleuve Oyapock à la frontière avec le Brésil, les ouvre sur leurs chants immémoriaux et les sonorités de la forêt dense bordée par le fleuve.

Revenus en métropole, ils tirent de ces sons collectés et retravaillés avec leur propre vocabulaire musical une écriture contemporaine qu’ils présentent lors de la création « Les Voies de l’Oyapock », suite singulière de leur album « Les Voies du monde ». De retour en Guyane quelques mois plus tard, ils restituent ce premier travail et jettent les bases d’une nouvelle création, cette fois-ci commune, « Oyapock », qu’ils proposent ici, ensemble.

Invités à partager une même scène, les musiciens instaurent un dialogue musical inédit entre les sons copiés par le quartet et leurs sources réelles. Aux côtés de nouvelles pièces chantées et instrumentales, certains chants inclus dans la première création sont là aussi présents, mais leur interprétation en direct ouvre sur des prolongements, des glissements, à partir des sonorités brutes ou polies de No Tongues propres à entrer en résonance avec les sonorités amérindiennes. Ainsi le travail effectué par le groupe sur les clarinettes en bambou tule au timbre caractéristique rencontre le son original au sein d’une même pièce musicale, tout en l’intégrant dans une forme librement inspirée du répertoire traditionnel. Il en est de même avec le son des maracas lié au chant chamanique, des flûtes en os et en bambou, ou avec les imitations vocales ou instrumentales d’éléments naturels pratiqués par les artistes Teko et Wayampi, notamment avec des sifflets de chasse.

Au moment où les musiciens amérindiens sont confrontés à la pérennité incertaine de leurs traditions musicales, fragilisées par la déferlante des musiques commerciales déversées par les téléphones portables des jeunes générations, leur participation active à cette création ne porterait-elle pas en germe l’émergence d’une pensée musicale et esthétique propre à diversifier
leur vision de la modernité ?