Barbarie

Quatuor Béla

Suite pour pianiste, quatuor à cordes et instruments mécaniques

Compositions de Marco Stroppa, Francesca Verunelli, Raphaël Cendo, Frédéric Aurier, Albert Marcœur

Quatuor Béla
Frédéric Aurier violon, niyckelharpa
Julien Dieudegard violon
Julian Boutin alto, vielle à roue
Luc Dedreuil violoncelle
Wilhem Latchoumia Piano, synthétiseurs

"Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner"
Georges Bernanos, 1945

C’est à une multitude de questionnements que nous invite ce concert du Quatuor Béla et du pianiste Wilhem Latchoumia.

Qu’en est-il de notre relation, complexe et contradictoire, avec la machine ? Quel rapport voulons-nous entretenir avec la mécanique merveilleuse ? Entre fascination et répulsion, entre émerveillement quant à ses prouesses inimaginables auparavant et terreur de la dépossession, pour l’Homme qui en est et qui en fut l’inventeur et le démiurge, ne demeure-t-elle pas créature infernale, indomptable… et essentielle ?

Pour le musicien contemporain, la fascination pour les machines musicales semble continuer d’exercer son pouvoir. Des pianos mécaniques chers à Nancarrow aux machines insensées d’Harry Partch, le merveilleux, le surhumain, talonnent et provoquent toujours la pratique instrumentale dans une joute propice. Qu’en est-il des musiques électroacoustiques ? Des lutheries nouvelles ? De la numérisation musicale ?

Les premières expériences de Ligeti, Stockhausen et bien d’autres dans le domaine ont étendu les limites sonores du réel, elles ont agrandi les espaces et mis à jour des possibles infinis. Soixante ans plus tard les machines sont utilisées essentiellement pour remplacer des sons acoustiques, depuis les boîtes à rythmes et autres synthétiseurs des années 70’s jusqu’aux orchestres symphoniques numériques qui jouent aujourd’hui la plupart des bandes sons du monde audio-visuel.

Quel rapport le musicien interprète veut-il dès lors entretenir avec la machine ? Quel avenir au compositeur ? Le combat est-il perdu d'avance contre un rival invulnérable ou source d’une rencontre féconde avec une voix amie qui transcende le geste instrumental ?

Pour vivifier le débat, le Quatuor Béla, qui invite pour l’occasion le pianiste virtuose Wilhem Latchoumia, a commandé des œuvres à cinq compositeurs contemporains : Marco Stroppa, Francesca Verunelli, Raphaël Cendo, Frédéric Aurier et Albert Marcœur, tous venus s’emparer d’un orchestre insensé et unique. Véritable cabinet de curiosités musicales, celui-ci rassemblera en effet, par-delà les instruments traditionnels du quatuor et du piano, tout un ensemble de machines musicales allant des premiers essais de mécanisation comme l’orgue de barbarie, la vièle à roue, le piano pneumatique, le nickelharpa, le stroviol, le gramophone… aux technologies numériques les plus avancées.

Une telle densité historique de sons ne pourra que mettre en relief cette interrogation lancinante : les machines nous rendent-elles moins barbares ?